Risque

Mouvement de terrain

1. Le risque à La Réunion

Historique des événements

Le département est régulièrement frappé par des mouvements de terrain en raison de son relief particulièrement accidenté et des conditions météorologiques violentes. Statistiquement, la période de janvier à mars constitue la période la plus critique de l’année. Les mouvements enregistrés durant cette période sont souvent liés aux très fortes pluies de la saison cyclonique.

Retour sur un événement marquant : janvier 1980

Si l’événement de janvier 1980 ne fut pas le plus meurtrier (mouvement de terrain de 1875 ayant fait 63 victimes), il reste l’un des événements récents ayant le plus marqué la mémoire collective à La Réunion.

Le cyclone Hyacinthe se forme le 17 janvier 1980 au nord de l’île Maurice et se dissipera le 29 janvier 1980 au sud-est de Madagascar. Le passage de ce cyclone à proximité de l’île de La Réunion se traduira par une forte pluviométrie, quasi permanente. À Grand-Îlet, ce sont 3 240 millimètres de pluie qui sont tombés en trois jours. La saturation des sols en eau engendrée par ces pluies a favorisé le déclenchement de plusieurs glissements de terrains majeurs en bordure de l’îlet. L’un d’entre eux s’est déclenché à proximité des derniers virages de la route de Grand Ilet et a détruit plusieurs habitations et causé la mort de 25 personnes.

Parmi les évènements les plus marquants et faisant encore date de nos jours, les glissements de terrains de 1875 (63 morts), et de janvier 1980 (25 morts) ont été les plus meurtriers.

Synthèse non exhaustive de mouvements de terrains marquants à La Réunion (Sources : BRGM)

Synthèse non exhaustive de mouvements de terrains marquants à La Réunion (Sources : BRGM)

Définition du risque

Les mouvements de terrain se caractérisent par le déplacement, plus ou moins brutal, du sol ou du sous-sol, sous l’effet d’influences naturelles (précipitations, gel-dégel, érosion, etc.) ou anthropiques (mines, conséquences du déboisement, etc.).

Les volumes en jeu peuvent concerner quelques mètres cubes à quelques millions de mètres cubes et peuvent être à l’origine d’un remodelage des paysages et d’importants dommages humains, matériels et économiques.

Les types de mouvements de terrains

  • mouvements lents et continus : déformation progressive des terrains (pas toujours perceptible par l’homme). Ils regroupent principalement les affaissements, les tassements, les glissements et le retrait-gonflement des argiles. Ils peuvent être précurseurs d’un mouvement rapide ;
  • mouvements rapides et discontinus : mouvements brutaux et soudains. Ils regroupent les effondrements, les chutes de pierres et de blocs, les éboulements, les coulées boueuses et les laves torrentielles ;
  • mouvements liés aux phénomènes d’érosion (littorale ou des cours d’eau) : déplacement du sol ou de roches sous l’action combinée de la gravité et des éléments naturels tels que le vent, la pluie, le ruissellement de l’eau ou les vagues. Sur le littoral, l’érosion est amplifiée par les phénomènes de submersions marines et de tempêtes. Les spécificités liées à cet aléa sont traitées dans la partie concernant le risque tempête.

Les grands mouvements de terrain, à cinétique lente, impliquent généralement peu de victimes. En revanche, ils sont très destructeurs car les aménagements et infrastructures humaines y sont très sensibles et les dommages aux biens sont considérables et souvent irréversibles. De légers déplacements (de quelques centimètres) suffisent à fragiliser une construction. À La Réunion, de nombreux sites (Grand Ilet, Fond de Rond Point, etc.) sont exposés à ce type de déplacements.

IMPORTANT

Sur les terrains argileux superficiels, les volumes peuvent varier à la suite d’une modification de leur teneur en eau. Ce phénomène, a priori peu ou pas présent à La Réunion, se nomme « retrait-gonflement des argiles ». D’ici 2023, la Direction Générale de la Prévention des Risques (DGPR) a exigé l’établissement d’un diagnostic concernant cet aléa sur les territoires peu exposés, y compris à La Réunion.

Les mouvements de terrain rapides et discontinus, par leur caractère soudain, augmentent la vulnérabilité humaine. Ces mouvements de terrain ont également des conséquences sur les infrastructures (bâtiments, voies de communication, etc.), allant de la dégradation à la ruine totale et peuvent également entraîner de nombreux effets indirects économiques et environnementaux (baisse de l’activité, pollutions, etc.).

Les types de mouvements de terrains

Les types de mouvements de terrains

Le risque dans le département

À la Réunion, le risque mouvement de terrain se produit principalement au niveau des plus fortes pentes et des escarpements (falaises, remparts, berges, etc.), à l’intérieur des cirques et des ravines et dans une plus faible proportion, sur les planèzes *. Les mouvements de terrain se manifestent le plus souvent par le biais de :

  • chutes de pierres, blocs et éboulements dans les falaises et les remparts ;
  • de glissements de terrain sur les versants pentus avec la présence de matériaux meubles en surface ou au sein des produits d’anciens glissements/effondrements au fond des cirques. Les produits de ces glissements lorsqu’ils sont saturés en eaux peuvent se propager dans la pente sous la forme de coulées de boues ;
  • d’érosion de berges, en période de crue et principalement au sein des matériaux les plus facilement érodables (alluvions, brèches, altérites). Le remaniement des matériaux arrachés aux berges et aux fonds des cours d’eau, ou issus de dépôts de mouvements de terrain dans le lit peuvent provoquer des « laves torrentielles » ;
  • l’effondrement de tunnels de lave, plus rarement recensés. Ces cavités peuvent être découvertes lors de travaux de terrassement.

Les facteurs de prédisposition naturelles aux mouvements de terrain sur l’île sont de trois types :

  • un relief accidenté et chahuté présentant des remparts abrupts de plusieurs centaines de mètres de hauteurs avec des pentes supérieures à 50° ;
  • une diversité géologique souvent marquée par des alternances de coulées basaltiques fracturées et de niveaux scoriacés favorisant les processus d’érosion différentielle ou par des types des roches anciennes fortement altérées et plus facilement érodables ;
  • un contexte climatique tropical ponctué par le passage de cyclones.

* Planèzes : Plateaux de basalte limités par des vallées convergentes, typique des régions volcaniques.

IMPORTANT

Il existe au sein du cirque de Salazie, un des plus grands glissements de terrain habités au monde. En l’espace de 10 ans (2003-2013), le BRGM a pu mesurer sur certaines maisons des déplacements de l’ordre de 10 mètres. Pour en savoir plus : brgm.fr

En cas de mouvement de terrain, les conséquences dépendent de l’ampleur et de la brutalité du phénomène.

Les mouvements de terrains peuvent avoir des conséquences sur le plan :

  • humain : effondrement, blessures directs (blocs et débris), mort ;
  • matériel et économique : destructions des constructions (habitations, entreprises, infrastructures essentielles, réseaux de communication, etc.) et dégâts indirects (perte d’activité, chômage, etc.) ;

  • environnemental : érosion, remodelage du paysage, destruction d’un habitat ou d’une formation naturelle, etc.

Carte de l'aléa mouvement de terrain à La Réunion

Carte de l’aléa mouvement de terrain à La Réunion.

2. Les actions pour prévenir le risque

Les outils de surveillance et de prévention

La connaissance du risque

Afin de recenser et évaluer les phénomènes des mouvements de terrain, différentes études sont réalisées, à différentes échelles :

  • Échelle régionale :

Les données régionales sur les mouvements de terrains sont intégrées dans la Base de Données Nationale Mouvements de Terrain (BDMVT), dont la gestion a été confiée au Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) en partenariat avec le Laboratoire central des ponts et chaussées et les services de Restauration des Terrains en Montagne (RTM). Cette base recense les événements connus et/ou observés et fournit une description du phénomène et des dommages matériels et humains éventuellement engendrés. Plus de 3 000 mouvements de terrain ont ainsi été recensés pour La Réunion depuis 1994.

  • Échelle départementale :

Au niveau du département de nombreux travaux de recherches sont régulièrement lancés. En 2014, le programme REUN_EM (couverture géophysique électro-magnétique et magnétique héliportée de La Réunion) a permis de réaliser une cartographie en trois dimensions de la résistivité * sous-sol du département. Depuis 2018, deux importants projets de recherches sur les phénomènes gravitaires et érosifs à La Réunion (« RenovRisk Erosion » et sur les risques littoraux RenovRisk Transferts ») sont pilotés par le BRGM afin d’améliorer les connaissances relatives à la thématique des mouvements de terrain.

  • Échelle communale :

À partir des données tirées des études départementales, des investigations plus précises sur les aléas et les enjeux exposés sont programmées au fur et à mesure des projets d’urbanisation exprimés par les communes. À la Réunion, le croisement entre l’aléa et les enjeux indique que près de 100 000 personnes sont exposées à des mouvements de terrain.

Ces études d’aléa, sous la maîtrise d’ouvrage de l’État, peuvent notamment conduire à la prescription de Plans de Prévention du Risque Mouvement de Terrain (PPRMT) dans les secteurs les plus sensibles. Les cavités souterraines sont également recensées par le BRGM, au sein d’une base de données spécifique : la BD Cavité. Le BRGM fait état de 200 cavités réparties sur 14 communes du département. Les types de cavités inventoriées sont essentiellement des tunnels de laves.

* Résistivité : Capacité d’un matériau à s’opposer à la circulation d’un courant électrique.

La prévision et la surveillance

Pour les secteurs à risques de mouvements de terrain présentant de forts enjeux, des études peuvent être menées afin de tenter de prévoir l’évolution des phénomènes. Lorsque cela est possible, la mise en place d’une instrumentation (inclinomètre, suivi topographique, etc.), associée à la détermination de seuils critiques, permet de suivre l’évolution du phénomène (ex : instrumentalisation du « rempart » du Maïdo), de détecter une aggravation avec accélération des déplacements et de donner l’alerte si nécessaire. La prévision de la survenue d’un mouvement permet de limiter le nombre de victimes, en anticipant l’évacuation des habitations menacées ou la fermeture des voies de communication vulnérables. Toutefois, la multiplicité des différents mécanismes régissant la stabilité, et la survenue aléatoire d’un facteur déclencheur rendent toute prévision précise difficile.

La prise en compte du risque dans la construction

Les Plans de Prévention des Risques Mouvement de Terrain (PPRMT)

La maîtrise de l’urbanisation et la réduction de la vulnérabilité des enjeux en zone à risque est l’objet du PPRMT, élaboré à l’échelle communale. Actuellement, à La Réunion, 20 communes sont concernées par des PPR « multirisques » approuvés et seule la commune de Cilaos possède uniquement un PPR « mouvements de terrain » approuvé.

Les prescriptions applicables aux nouvelles constructions et aux biens existants sont principalement liées à la stabilité des terrains, aux rejets d’eaux et au boisement des parcelles. Lorsque le danger est jugé trop important et qu’il n’est pas possible de garantir la sécurité des occupants par la mise en oeuvre de mesures structurelles et/ou organisationnelles, une procédure de relocalisation des biens peut être envisagée au titre du Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs (FPRNM).

Les documents d’urbanisme

Le Code de l’urbanisme impose la prise en compte des risques dans les documents d’urbanisme. Ainsi, les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) permettent de refuser ou d’accepter, sous certaines conditions, un permis de construire dans des zones soumises au risque de mouvement de terrain. Par ailleurs, le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) du patrimoine, annexé au PLU, permet de créer un secteur sauvegardé présentant un intérêt patrimonial.

Les mesures de protections collectives

En complément des mesures imposées ou recommandées par les PPR, des mesures de protection collectives peuvent également être déployées en cas de besoin identifié (ex : projet de sécurisation des enjeux exposés au risque de chute de blocs de l’ïlet Furcy à Saint-Louis). La panoplie de parades de protection est vaste et fait référence à des techniques plus ou moins élaborées et parfois relativement coûteuses. À noter que généralement, pour des mouvements de grande ampleur, aucune mesure de protection ne peut être mise en place à un coût raisonnable. La sécurité des personnes et des biens doit alors passer par l’adoption de mesures préventives.

Photo de Gabions utilisés le long de la route littorale (Source : Maccaferri).

Gabions utilisés le long de la route littorale (Source : Maccaferri).

Les parades de protection disponibles selon les types de mouvement de terrain.

Les parades de protection disponibles selon les types de mouvement de terrain.

Où se renseigner ?

➔ Le site du Gouvernement :

➔ Le site de géorisques :

➔ Les autres sites :

Les communes concernées

Carte du risque mouvement de terrain à La Réunion.

Picto Cyclone et tempêteLes consignes à respecter

Mouvement de terrain

Avant
  • Signaler l’apparition de :
    – fissures
    – affaissements
    – frontis
    – blocs en surplomb d’une falaise
    – blocs désolidarisés d’une paroi
    – modifications sur les constructions (écoulement anormal de l’eau, fissures, etc.)
  • Couper les réseaux (gaz, électricité et eau)
Pendant
  • S’éloigner au plus vite de la zone dangereuse
  • Ne pas revenir sur ses pas
  • Ne pas prendre l’ascenseur
  • À l’extérieur, s’abriter derrière un obstacle (rocher, arbre, etc.)
Après
  • Ne pas entrer dans un bâtiment endommagé
  • Empêcher l’accès au public